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Sir Wallace et Ses Fontaines

L’histoire des Fontaines Wallace est remarquable. La véritable motivation de Sir Richard Wallace, un Anglais qui vécut la plus grande partie de sa vie à Paris et qui, au cours de la seconde moitié du XIXème siècle, fit don d’une partie de ses fonds pour apporter de l’eau potable aux Parisiens, reste discutable. Était-ce de l’altruisme pur ? Serait-ce la culpabilité qu’il pouvait ressentir, ayant hérité d’une si vaste fortune ? En tant qu’enfant illégitime, Sir Wallace aurait-il cherché une justification à travers sa philanthropie ? Essayait-il d’expier l’avarice de son père ? Ou peut-être sa motivation était-elle tout simplement un puissant désir d’éradiquer l’ivresse, publique et privée, parmi les pauvres, qu’il n’a pu observer que trop souvent durant le siège de Paris (pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871) et la Commune qui a suivi immédiatement. Quelles qu’aient pu être ses raisons, le monde peut le remercier. Grâce à ses efforts, en combinant une conception pratique, une beauté extraordinaire et une signification allégorique, il a créé des œuvres d’art qui continuent de rendre service à la population en lui fournissant de l’eau potable. Il a également donné à Paris l’un de ses symboles iconiques les plus durables et les plus aimés.

 

Les Fontaines Wallace sont des sources publiques d’eau potable, principalement situées dans tout Paris ; des répliques existent dans le monde entier. Les 50 premières ont été installées à Paris à partir de 1872. Elles ont pris la forme de sculptures en fonte, la plupart peintes en vert foncé pour mieux se fondre dans le paysage urbain parisien. La fontaine grand modèle mesure presque 2.75 mètres de haut et pèse plus de 590 kilogrammes.

À l’origine, Sir Wallace a financé 40 fontaines grand modèle et dix fontaines murales, toutes placées à des endroits stratégiques de la ville. Des fontaines grand modèle ont été ajoutées quand elles se sont révélées être très pratiques et populaires, et au fur et à mesure de l’augmentation de la population de Paris. Selon les comptes-rendus des journaux britanniques et les archives historiques françaises, Sir Wallace a financé dix fontaines supplémentaires en 1876 et dix de plus en 1879.1

Deux autres modèles ont ensuite été conçus : un modèle de colonnades et un petit modèle, faisant un total de quatre styles appelés fontaines Wallace, bien que seul le grand modèle original et le modèle mural soient des conceptions de Sir Wallace. À la date de publication de ce guide, il y a 100 fontaines Wallace grand modèle à Paris, qui distribuent toutes de l’eau potable. De plus, un modèle mural original et deux fontaines en colonnades existent toujours et sont inclus dans ce guide.

Les fontaines grand modèle ont été schématiquement inventées par Richard Wallace lui-même. Il en a fait les croquis, incorporant dans ses dessins son désir de les rendre utiles, belles et symboliques. Wallace a ensuite embauché Charles-Auguste Lebourg, très estimé sculpteur nantais, pour améliorer les croquis et transformer les fontaines pragmatiques en véritables œuvres d’art.

 

Atlas Municipal des Eaux
de la Ville de Paris, 1893.
Bibliothèque Historique de la Ville de Paris

Les fontaines furent bien accueillies par les Parisiens. La ville avait été dévastée par le bombardement, le siège de Paris pendant la guerre franco-prussienne, et la Commune ; de nombreux aqueducs et autres sources d’eau potable furent détruits. Le prix de l’eau potable était très élevé et beaucoup de pauvres ne pouvaient se permettre de s’en procurer. De plus, la plus grande partie de l’eau vendue et distribuée aux pauvres dehors, sur des charrettes, provenait de la Seine. Elle était donc certainement contaminée, puisque toutes les eaux usées de la rue et des égouts se déversaient directement dans le fleuve. Il semblait moins risqué de boire des boissons alcoolisées, souvent moins chères que cette eau malsaine. Étant donné le choix qui leur était offert, les classes inférieures étaient les plus susceptibles de s’hydrater avec de la bière ou du vin.

Henri de Toulouse-Lautrec, La gueule de bois (Suzanne Valadon), 1887-1889
Huile sur toile; 47 x 55,3 cm. Harvard Art Museums / Musée Fogg,
Legs de la collection de Maurice Wertheim, classe de 1906, 1951.63
Photo: Département de l’imagerie c) Président et membres du Collège Harvard

L’ivrognerie et l’alcoolisme chroniques touchaient les pauvres et la population ouvrière, comme Émile Zola l’a décrit avec précision dans son roman historique, L’Assommoir, publié en 1877. L’intoxication publique s’est exacerbée pendant le siège de Paris en 1870 : les membres de la Garde nationale affectés à la défense de la ville passaient leur temps à boire dans les bars, les cafés et les bistros locaux 2. Les vivres se raréfiaient et la population mourait de faim, mais le vin semblait être toujours disponible. D’énormes quantités étaient entreposées au dépôt de vins et spiritueux de Bercy. Les caves contenaient plus de 1.600.000 hectolitres de vin ordinaire et bon marché, ce qui incita un agent du vin à faire remarquer : « Il n’y a plus à craindre : nous n’allons pas boire d’eau pendant un certain temps ».3

IImmédiatement après la fin du siège, les troubles civils à Paris conduisirent à un autre soulèvement et à la Commune. Il ne fallut pas longtemps avant qu’une guerre civile n’éclate. C’est une période sanglante, destructrice, honteuse de l’Histoire française, et il ne faut pas s’étonner que les citoyens se soient tournés vers la boisson, en particulier la classe inférieure qui a le plus souffert de ces deux épisodes.

Wallace resta à Paris pendant le siège et la Commune, distribuant ses fonds personnels à des hôpitaux de campagne, fournissant une aide alimentaire et des vêtements aux citoyens les plus pauvres. Il vit de ses propres yeux les effets dévastateurs que peut causer la consommation d’alcool en l’absence d’eau pure. Dans les quartiers pauvres, les « petits enfants, âgés de deux à trois ans, nourris de pain imbibé de vin et souffrant de divers maux en conséquence  »n’étaient pas rares.

Sir Richard Wallace et d’autres considéraient comme un devoir moral d’empêcher les moins privilégiés de tomber dans l’alcoolisme simplement parce qu’ils n’avaient rien d’autre à boire. Au nom de la tempérance, et animé d’un sincère désir d’exercer sa philanthropie, Wallace entreprit de mettre en service les fontaines et de fournir de l’eau potable aux populations.

Sir Richard Wallace (centre assis) et d’autres membres
du British Charitable Fund après le siège de Paris.
Par Adolphe, épreuve à l’albumine, 10 mars 1871.
NPG x8892 © National Portrait Gallery, Londres.

Aujourd’hui, l’eau potable pour la boisson, la cuisine et l’hygiène personnelle est facilement accessible à la plupart des Parisiens et est délivrée par Eau de Paris, société publique de services d’eau régie par la Ville de Paris. Eau de Paris offre l’accès gratuit à de l’eau de qualité en plus de 1.200 points d’accès dans toute la ville, parmi lesquels sont les fontaines Wallace.

Les fontaines Wallace de Paris sont utilisées par tout le monde, riches et pauvres, et il n’est pas rare de voir des gens de tous les âges remplir des bouteilles aux fontaines ou boire de l’eau à même leurs mains. Récemment, Eau de Paris a encouragé l’utilisation des fontaines publiques pour réduire le nombre de bouteilles d’eau en plastique jetables, qui peuvent nuire à l’environnement.

Les fontaines Wallace concrétisent la philosophie de Sir Richard : donner un coup de main à ceux qui ont un besoin humain essentiel, dans le cas qui nous occupe, obtenir l’accès à une eau potable sûre, pure et vitale.

Ses fontaines embellissent également la ville d’une manière typiquement parisienne – en combinant style, art, symbolisme, sens de la monumentalité et jetant un clin d’œil au passé.

Depuis les premières esquisses jusqu’au design final, Richard Wallace a voulu que les fontaines soient à la fois belles et utiles. Sir Wallace et son père, le 4ème Marquis de Hertford, étaient amateurs et collectionneurs d’art. A sa mort, le marquis laissa sa collection et une grande partie de sa fortune à son fils illégitime non reconnu, Richard Wallace. Cette collection comprenait des meubles, des sculptures, des armures, des trésors médiévaux et des œuvres d’art de la Renaissance, ainsi que des

peintures d’époque couvrant plusieurs siècles. Pour éviter que la collection ne soit détruite pendant la période de la Commune, Wallace l’envoya secrètement en Angleterre. En passionné de Renaissance, Wallace voulut que les fontaines d’eau soient allégoriques et qu’elles servent de rappel symbolique, espérant encourager les utilisateurs des fontaines à pratiquer les meilleures vertus de l’humanité.

En plus de ses croquis conceptuels, Wallace transmit à Charles-Auguste Lebourg ses exigences concernant la construction des fontaines. Ses directives indiquaient la taille, la forme, les matériaux et le coût. Il précisait que les fontaines devaient être « assez grandes pour être vues de loin, mais pas assez grandes pour détruire l’harmonie du paysage environnant ». Leur forme devait être « à la fois pratique à utiliser et agréable à regarder ». Les matériaux devaient être « résistants aux éléments, faciles à façonner et simples à entretenir ». Enfin, le coût était un facteur majeur. Wallace désirait que le coût de fabrication soit « assez abordable pour permettre l’installation de dizaines [de fontaines] ». 5

Le matériau choisi fut la fonte. La fonte correspondait aux critères de Wallace et était facilement disponible à l’époque. À l’origine, Wallace et Lebourg ont créé deux modèles, un grand modèle autoportant et un modèle mural. Une seule fontaine murale, restaurée, subsiste à Paris, dans le 5ème arrondissement.

Pour le grand modèle, Lebourg a créé quatre cariatides, basées sur le concept de Wallace et peut-être inspirées aussi des cariatides de Jean Goujon, visibles dans la Salle des Caryatides du Louvre. Une caryatide est une figure féminine gréco-romaine classique utilisée comme une colonne ou un pilier, soutenant un entablement ou un dôme sur sa tête ou sur ses mains levées.

Les quatre cariatides Wallace, soutenant le dôme de la fontaine, représentent quatre vertus : la Gentillesse, la Simplicité, la Charité et la Sobriété. Chaque personnage est différent et peut être distingué par la façon dont les genoux sont pliés ou les pieds sont placés, ou encore par la façon dont chaque tunique est drapée. Mais il n’est pas évident d’identifier une vertu à chaque cariatide. Certains prétendent que la simplicité et la sobriété ont les yeux fermés, alors que la charité et la gentillesse ont les yeux ouverts. D’autres croient que les quatre figures représentent également les quatre saisons et le passage du temps, la simplicité correspondant au printemps, la charité à l’été, la sobriété à l’automne et la gentillesse à l’hiver.

En plus de leur beauté, la conception pratique des fontaines, avec le petit jet d’eau coulant continuellement du haut du dôme dans un bassin surélevé, assurait la pureté de l’eau et empêchait les chiens errant d’y boire. L’alignement étroit des cariatides empêchait aussi les chevaux de l’utiliser comme abreuvoir.

Deux tasses en fer-blanc étaient attachées par des chaînes aux boucles près des pieds des caryatides. Les tasses étaient habituellement submergées dans le bassin, rincées par le courant d’eau s’écoulant en continu, de manière aussi hygiénique que possible. En 1952, les tasses communes ont été enlevées à la demande du Conseil de santé publique.

En 2017, Eau de Paris a commencé à expérimenter sur quelques fontaines Wallace. Un petit bouton-poussoir en acier inoxydable fut installé sur cinq fontaines. En le pressant, la fontaine distribue automatiquement entre 40 et 50 centilitres d’eau. Elle reste sèche lorsqu’elle n’est pas utilisée. La période d’essai déterminera si l’installation de ce système d’eau à la demande et l’arrêt du courant d’eau continu du dôme peuvent prévenir le gaspillage, assurer une eau potable de meilleure qualité et préserver les fontaines historiques en réduisant les dommages causés par la rouille et la corrosion des éclaboussures d’eau.

Les premières fontaines Wallace furent produites par la société Val d’Osne. Il a fallu plus de 80 pièces pour assembler les fontaines grand modèle. Le propriétaire de l’entreprise, Jean Pierre Victor André, est l’inventeur de la fonte ornementale. Il créa en 1835 une fonderie d’art à succès. L’atelier de fonderie était installé à Val d’Osne en Haute-Marne, mais le siège et le showroom de l’entreprise se trouvaient au 58, Boulevard Voltaire à Paris. Un grand nombre de fontaines encore en activité portent le marquage du Val d’Osne. Plus tard, la production des fontaines fut confiée à GHM Sommevoire, une société qui a repris la fonderie du Val d’Osne en 1931 et qui existe encore aujourd’hui.

Les toutes premières fontaines portent deux marques sur le dessus du piédestal. D’un côté, on trouve le nom du sculpteur, CH. LEBOURG SC et l’année 1872 ; sur le côté opposé, le nom de la fonderie, VAL D’OSNE. C’est une façon de distinguer les fontaines originales de leurs répliques ultérieures produites par GHM. Les lettres GHM se trouvent tout en bas de la base de la fontaine.

Le service d’eau de la ville a décidé des emplacements des fontaines données par Sir Wallace. La tâche a incombé principalement à Eugène Belgrand, directeur de l’eau et des égouts de Paris. Belgrand était un ingénieur hydraulique extraordinaire, nommé au poste de chef du service d’eau par le baron Georges-Eugène Haussmann (célèbre maître d’œuvre de Napoléon III chargé de reconstruire la ville).

 

Le nouveau système d’égouts de Belgrand et les aqueducs qui amenaient de l’eau de source fraîche à Paris étaient une telle merveille, qu’ils ont attiré l’attention du monde entier. Son réseau d’égouts était une attraction incontournable pour les touristes, les membres du gouvernement et la royauté visitant Paris.

Le choix du vert foncé pour colorer la plupart des fontaines est probablement dû à Napoléon III et à son désir d’amener la nature à la ville. Tous peints en vert, les fontaines, les kiosques classiques, les colonnes Morris et autres éléments de la rue évoquent la nature et s’intègrent facilement au paysage avec les parcs, les places paysagères, les rues et les boulevards bordés d’arbres.

Bien que Wallace ait pris en charge les frais de conception et de fabrication des 50 premières fontaines, et d’au moins 20 fontaines supplémentaires, il s’agissait bien d’un partenariat public-privé. La ville de Paris a fourni la plomberie et l’installation. Le coût total a été estimé à environ 1000 francs pour chaque grand modèle et 450 francs pour chaque modèle mural.6

Le choix de l’emplacement de chaque fontaine a donc bien été laissé à la ville de Paris, qui était responsable de l’approvisionnement en eau et du système de livraison. L’objectif était de placer les fontaines de telle sorte qu’elles seraient à la fois faciles d’accès et s’intègreraient harmonieusement dans l’environnement. La plupart sont donc situées sur des petites places publiques ou à l’intersection de deux ou plusieurs routes importantes.

By Georges Lafosse published in Le Trombinoscope. Image: Wikipedia

La première fontaine a été installée boulevard de la Villette en août 1872, mais elle n’y est plus. Les premières fontaines se révélèrent si utiles et si populaires que la ville de Paris, avec le généreux soutien de Sir Wallace, autorisa bientôt l’installation de fontaines grand modèle supplémentaires. L’Atlas Municipal des Eaux de la Ville de Paris, publié en 1893 et disponible à la Bibliothèque de l’Histoire de la Ville de Paris, montre les emplacements de 63 fontaines Wallace grand modèle et de 8 modèles muraux.

Sur les 100 grandes fontaines actuellement présentes à Paris, toutes fonctionnent et distribuent de l’eau potable. Beaucoup ont été déplacées, puisque la ville a subi beaucoup de réaménagements au cours des 150 dernières années. Il n’est pas déraisonnable de supposer qu’à l’avenir, certaines seront déplacées ou que d’autres seront ajoutées.

Les fontaines fonctionnent de la mi-mars jusqu’à la fin de l’automne, mais pas pendant l’hiver pour éviter le risque de gel et les dommages que cela peut causer à la plomberie interne. Elles sont régulièrement entretenues et repeintes. Une ou deux subissent une restauration complète chaque année. Quelques-unes des fontaines les plus récentes, principalement dans le 13ème arrondissement, vont à l’encontre de la tradition et sont peintes d’une autre couleur que le vert foncé standard.

 

Sir Richard Wallace est surtout connu au Royaume-Uni pour son extraordinaire collection d’art, offerte au peuple britannique et hébergée dans son ancienne résidence londonienne. À Paris, on le connaît pour son généreux engagement envers le bien commun symbolisé par les fontaines emblématiques qui portent son nom.

Richard Wallace est mort à Paris le 20 juillet 1890 à son domicile, le Château de Bagatelle, au Bois de Boulogne. Il est enterré au cimetière du Père Lachaise.

 

Références

1. Shields Daily Gazette, 20 mars 1879 et Dundee Courier, 19 août 1876.
2. The Fall of Paris: The Siege and The Commune 1870-71, Alistair Horne, Penguin Books, p.95.
3. An Englishman in Paris, Vol. II, The Empire, anonymement publié et attribué à Sir Richard Wallace, plus tard considéré comme l’œuvre du journaliste Albert Dresden Vandam, D. Appelton & Company, 3e édition, p. 266.
4. Ibid. p. 306.
5. Wikipédia, Wallace Fountains.
6. L’Illustration, Journal Universel, vol. LX, n ° 1538, page 103.

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